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Deux PER, un pro et un perso : faut-il vraiment en ouvrir deux ?

Un PER pour les versements « pro », un autre pour le « perso » : l’idée revient souvent, chez les indépendants comme chez les salariés qui ont déjà un PER d’entreprise. La loi ne limite pas le nombre de plans, mais un second contrat ne donne ni un second plafond de déduction, ni un second abattement au décès. Voici ce qu’un deuxième PER change vraiment, les bonnes et les mauvaises raisons de l’ouvrir, et l’alternative qu’on oublie : regrouper.

Par Victor Regnault9 min de lecture

Deux pots blancs identiques marqués d’un grand signe pour cent noir, posés côte à côte sur un plateau en bois clair.
Photo : QingYu sur Unsplash

1 plafond

Plafond du revenu global par personne, commun à tous vos PER (et au PERP, à la Préfon, aux versements facultatifs « article 83 ») : un second contrat ne l’augmente pas

BOFiP BOI-IR-BASE-20-50-20 du 10/08/2026

3

Compartiments dans un même PER : versements volontaires, épargne salariale, versements obligatoires, chacun avec ses règles

Code monétaire et financier, art. L224-2

1 %

Frais maximaux d’un transfert entre PER, nuls cinq ans après le premier versement dans le plan

Code monétaire et financier, art. L224-6

152 500 €

Abattement par bénéficiaire au décès avant 70 ans pour un PER d’assurance, partagé entre tous les contrats du même assuré

CGI, art. 990 I ; BOFiP BOI-TCAS-AUT-60

Plusieurs PER : ce que la loi permet

Aucun texte ne limite le nombre de plans d’épargne retraite qu’une personne peut détenir. Un plan n’a qu’un titulaire, mais rien n’interdit d’en ouvrir plusieurs, et beaucoup d’épargnants en ont déjà deux sans le savoir : un PER d’entreprise ouvert par leur employeur et un PER individuel.

Il existe trois familles de PER. Le PER individuel, que vous ouvrez vous-même, sous forme de contrat d’assurance ou de compte-titres bancaire, à partir de 18 ans. Le PER d’entreprise collectif (PERECO, ou PERCOL), proposé à tous les salariés, qui reçoit l’intéressement, la participation, l’abondement et vos versements volontaires. Le PER d’entreprise obligatoire (PERO), réservé à tout ou partie des salariés et alimenté par des cotisations obligatoires.

Ce qu’un second PER ne change pas

Avant de parler des bonnes raisons, écartons les fausses. Elles sont nombreuses dans les comparatifs.

  • Le plafond de déduction : il est individuel et commun à tous vos versements d’épargne retraite déductibles, quel que soit le nombre de contrats. Deux PER, pas un plafond de plus : un indépendant garde ses deux plafonds, bénéfice et revenu global, qu’il ait un contrat ou deux.
  • L’abattement au décès : les 152 500 € par bénéficiaire du prélèvement de l’article 990 I se partagent entre tous les contrats d’assurance souscrits sur la même tête, assurance-vie comprise.
  • La fiscalité de sortie : elle dépend de la nature des sommes (déduites ou non, volontaires ou obligatoires) et du mode de sortie, pas du nombre de contrats.
  • Le déblocage anticipé : les cas prévus par la loi dépendent de l’origine des sommes (versements volontaires, épargne salariale, versements obligatoires), pas du nombre de plans.

« Pro » et « perso » : de quoi parle-t-on vraiment ?

Vous êtes salarié. Votre PER « pro » est le PER de votre entreprise, votre PER « perso » un PER individuel. Les deux coexistent naturellement. Retenez deux points : l’épargne retraite que finance votre employeur (cotisations d’un PER obligatoire, abondement dans la limite de son exonération, jours de compte épargne-temps versés sur un PER d’entreprise) réduit votre plafond de l’année suivante, et vos versements volontaires sur le PER d’entreprise consomment le même plafond que ceux du PER individuel. Un PER d’entreprise collectif ne se transfère qu’une fois tous les trois ans tant que vous restez dans l’entreprise ; un PER obligatoire, seulement quand vous n’êtes plus tenu d’y adhérer.

Vous êtes indépendant. Le « PER TNS » n’est pas un produit à part : c’est un PER individuel, dont les versements peuvent se déduire de votre bénéfice (article 154 bis du CGI) ou de votre revenu global (article 163 quatervicies). Un même contrat peut recevoir les deux : un euro ne se déduit simplement qu’une fois. Deux contrats peuvent faciliter le suivi, mais ils ne sont pas nécessaires. Tout le détail est dans notre article PER TNS ou PER particulier.

Les bonnes raisons d’un second contrat

Un deuxième PER se justifie quand il apporte quelque chose que le premier ne peut pas offrir. Les cas les plus fréquents :

  • Séparer versements déduits et non déduits. Pour un versement, vous pouvez renoncer à la déduction au plus tard au moment du versement, de façon irrévocable : à la sortie en capital, la part correspondante sera exonérée. Un seul plan en garde la trace, mais un contrat dédié rend le suivi plus lisible, surtout si vous versez au-delà de votre plafond.
  • Préparer des sorties différentes. Par exemple une sortie en rente d’un côté et en capital de l’autre, ou des retraits étalés sur des années distinctes pour lisser l’impôt.
  • Accéder à une gestion ou à des supports que votre contrat n’offre pas : gestion libre et gestion pilotée, fonds spécifiques, frais plus bas sur un contrat récent.
  • Répartir entre deux assureurs. La garantie du Fonds de garantie des assurances de personnes s’apprécie par assuré et par assureur : deux contrats chez le même assureur partagent une seule limite. C’est un argument de diversification, à examiner selon les montants en jeu.
  • Choisir la forme du plan en vue de la transmission : un PER d’assurance ne se traite pas comme un PER bancaire au décès (voir ci-dessous).

Au décès : PER d’assurance ou PER bancaire, ce n’est pas la même chose

La forme du plan compte davantage que leur nombre, surtout si vous pensez à la transmission. Le décès du titulaire avant l’échéance clôt le plan.

Ce que reçoivent les bénéficiaires, selon la forme du PER
SituationPER d’assurancePER bancaire (compte-titres)
Décès avant 70 ansHors succession ; prélèvement de l’art. 990 I après 152 500 € d’abattement par bénéficiaire (20 %, puis 31,25 % au-delà de 700 000 €)Les sommes entrent dans la succession, droits de succession de droit commun
Décès après 70 ansDroits de succession sur le montant total, gains compris, après un abattement global de 30 500 € (art. 757 B)Droits de succession de droit commun
Clause bénéficiaireOuiNon

Regrouper plutôt qu’empiler : le transfert

Plusieurs vieux contrats dispersés coûtent souvent plus qu’ils ne rapportent : frais cumulés, suivi difficile, supports dépassés. Tout PER peut être transféré vers un autre PER, sans changer les conditions de rachat ou de liquidation des sommes transférées.

  • Entre deux PER : frais de 1 % au plus des droits acquis, nuls cinq ans après le premier versement dans le plan ou à partir de l’échéance. Le gestionnaire cédant dispose de deux mois pour transmettre les sommes.
  • Depuis un ancien contrat (PERP, Madelin, article 83) : 1 % au plus, nuls dix ans après le premier versement dans le contrat.
  • Le fonds en euros : même lorsque le transfert est gratuit, un contrat d’assurance peut, dans certaines conditions, réduire la valeur transférée des droits en euros, dans la limite de 15 %. À vérifier avant de demander le transfert.

Notre façon de trancher

En rendez-vous, nous partons de ce que vous détenez déjà : vos contrats, leurs frais, leurs supports, leurs options de sortie, et le plafond réellement disponible sur votre avis. Dans la plupart des cas, un seul contrat bien choisi suffit, éventuellement complété par un PER d’entreprise. Un second se justifie quand il répond à un objectif précis : séparer des versements non déduits, préparer une sortie différente, diversifier les assureurs ou choisir la bonne forme pour la transmission.

Pour mesurer ce que vous rapporterait un versement, commencez par notre simulateur PER, puis voyez combien verser sur votre PER.

À retenir

  • Aucun texte ne limite le nombre de PER, mais un second contrat n’ajoute aucun plafond de déduction.
  • Un indépendant n’a pas besoin de deux PER : un même contrat peut recevoir des versements déduits du bénéfice et d’autres déduits du revenu global.
  • L’épargne retraite financée par l’employeur réduit le plafond de votre PER individuel l’année suivante.
  • Au décès, un PER d’assurance se transmet hors succession, un PER bancaire entre dans la succession ; après 70 ans, le PER d’assurance est taxé sur son montant total.
  • Avant d’ouvrir un second contrat, regardez si un transfert vers un contrat plus performant ne répond pas mieux à votre objectif.

Questions fréquentes

Peut-on détenir plusieurs PER en même temps ?

Oui. Aucun texte ne limite le nombre de plans d’épargne retraite par personne. Vous pouvez par exemple avoir un PER d’entreprise et un ou plusieurs PER individuels.

Deux PER donnent-ils droit à deux plafonds de déduction ?

Non. Le plafond est individuel et commun à tous vos versements d’épargne retraite déductibles du revenu global. Ce qui le dépasse n’est ni déductible ni reportable.

Un indépendant doit-il ouvrir un PER à part pour la déduction « Madelin » ?

Non. Un même PER individuel peut recevoir des versements déduits du bénéfice (article 154 bis) et d’autres déduits du revenu global (article 163 quatervicies). Chaque euro n’est déduit qu’une fois ; deux contrats sont une commodité de suivi, pas une obligation.

Mon PER d’entreprise réduit-il le plafond de mon PER individuel ?

Oui, pour les cotisations d’un PER obligatoire, l’abondement de l’employeur dans sa limite d’exonération et les jours de compte épargne-temps versés. Vos versements volontaires sur le PER d’entreprise consomment le même plafond que ceux de votre PER individuel.

Peut-on regrouper plusieurs PER en un seul, et à quel coût ?

Oui, par transfert. Entre deux PER, les frais sont au plus de 1 % des droits acquis et nuls cinq ans après le premier versement. Depuis un PERP, un Madelin ou un article 83, ils sont au plus de 1 % et nuls après dix ans. Le gestionnaire cédant a deux mois pour transmettre les sommes d’un PER.

Dans un couple, chacun doit-il avoir son propre PER ?

Chaque conjoint a son propre plafond, et un plan n’a qu’un titulaire. Si un seul verse, les couples mariés ou pacsés peuvent mutualiser leurs plafonds en cochant la case 6QR. Deux PER permettent en revanche à chacun de désigner ses bénéficiaires et d’organiser sa propre sortie.

PER d’assurance ou PER bancaire : lequel choisir pour transmettre ?

Au décès avant 70 ans, un PER d’assurance se transmet hors succession, avec l’abattement de 152 500 € par bénéficiaire ; un PER bancaire entre dans la succession. Après 70 ans, le PER d’assurance supporte les droits de succession sur son montant total, après un abattement global de 30 500 €.

Que deviennent mes versements après 70 ans ?

Depuis le 1er janvier 2026, les versements faits à partir du jour de votre 70e anniversaire ne sont plus déductibles. Ils restent possibles, et la part correspondant à ces versements est exonérée à la sortie en capital ; seuls les gains sont imposés.

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Cet article donne une information générale, à jour au 28 septembre 2026. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les exemples chiffrés reposent sur le barème de l’impôt 2026 (revenus 2025), le dernier connu, pris comme hypothèse pour des versements faits en 2026 : ils seront imposés selon le barème de la loi de finances pour 2027. Un versement sur un PER s’étudie au regard de votre situation, de votre horizon et de vos revenus attendus à la retraite. Les unités de compte présentent un risque de perte en capital.

Sources (14)
  1. Légifrance — Code monétaire et financier, art. L224-1 et suivants (plan d’épargne retraite)
  2. Légifrance — Code monétaire et financier, art. L224-28 (PER individuel) — 1er janvier 2024
  3. Légifrance — Code monétaire et financier, art. L224-6 (transferts entre PER) — 25 octobre 2023
  4. Légifrance — Code monétaire et financier, art. D224-18 (transfert des anciens contrats) — 24 octobre 2024
  5. Légifrance — Arrêté du 7 août 2019 modifié (délai de transfert des PER)
  6. Légifrance — Code monétaire et financier, art. L224-18 (transfert d’un PER d’entreprise collectif)
  7. Légifrance — Code monétaire et financier, art. L224-20 (option pour la non-déduction)
  8. BOFiP — BOI-IR-BASE-20-50-20 : limite de déduction des cotisations d’épargne retraite — 10 août 2026
  9. BOFiP — BOI-IR-BASE-20-50-10 : versements déductibles et option pour la non-déduction — 10 août 2026
  10. BOFiP — BOI-TCAS-AUT-60 : prélèvement de l’article 990 I — 30 mars 2023
  11. Légifrance — Code général des impôts, art. 757 B — 11 mars 2023
  12. Service-Public.fr — Plan d’épargne retraite (PER) individuel — 18 juin 2026
  13. Service-Public.fr — PER d’entreprise collectif — 18 juin 2026
  14. BOFiP — BOI-ANNX-000513 : tableau de la fiscalité des sorties du PER — 10 août 2026

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